Mer Rouge
800 kilomètres de côte entre désert Arabique et récifs coralliens, de Hurghada à Marsa Alam, où la plongée se pratique toute l'année avec une visibilité régulière à 30 mètres.
La côte égyptienne de la mer Rouge s'étire sur près de 800 kilomètres entre Suez au nord et la frontière soudanaise au sud. Notre équipe la considère comme un terrain à part dans le pays : ici, pas de pyramides ni de temples pharaoniques, mais une bande littorale étroite coincée entre le désert Arabique et un plan d'eau dont la salinité élevée et la stabilité thermique ont favorisé l'un des récifs coralliens les plus denses de la planète. La géographie est simple : à l'ouest, les montagnes du Galala et du Red Sea Hills culminent autour de 2 000 mètres ; à l'est, la mer ; entre les deux, une route côtière, la Safaga-Marsa Alam Highway, qui dessert les principaux ports et stations.
Hurghada concentre l'essentiel du trafic aérien international avec son aéroport relié à une trentaine de villes européennes. La ville elle-même, née village de pêcheurs dans les années 1980, est aujourd'hui un alignement de complexes hôteliers sur une quinzaine de kilomètres. Nous orientons rarement nos voyageurs vers son centre, sauf pour le marché aux poissons de Sakkala ou une traversée vers les îles Giftun. Les sites qui justifient le détour se trouvent en périphérie : El Gouna, station construite ex nihilo dans les années 1990 sur un système de lagunes et de canaux, propose un cadre plus calme avec ses 18 hôtels intégrés à un urbanisme piéton ; Soma Bay, 45 kilomètres au sud de Hurghada, se concentre sur cinq établissements isolés sur une presqu'île ; Makadi Bay et Sahl Hasheesh offrent des formules intermédiaires.
Plus au sud, le profil change. Marsa Alam, à 270 kilomètres de Hurghada, dispose de son propre aéroport international et donne accès à une côte beaucoup moins urbanisée. Les villages de Marsa Shagra, Marsa Nakari et Wadi Lahami sont organisés autour d'eco-lodges et de centres de plongée, sans béton ni animation nocturne. C'est depuis ces bases que l'on rejoint Sha'ab Samadai, le récif en fer à cheval où une colonie de dauphins à long bec se repose en journée, et Elphinstone, un haut-fond isolé fréquenté par les requins océaniques entre octobre et décembre. Les îles Brothers (Al Akhawein), deux pitons volcaniques émergés à 60 kilomètres des côtes, ne s'atteignent qu'en croisière plongée de 5 à 7 jours.
La population littorale mélange des Bédouins Ababda et Bisharin, présents sur cette côte bien avant le développement touristique, et une main-d'œuvre venue de la vallée du Nil. Dans les wadis intérieurs, à une heure de piste depuis Marsa Alam, on rencontre encore des campements ababda qui élèvent chèvres et dromadaires. Nous organisons des soirées chez eux autour du jabana, le café au gingembre torréfié sur place et servi dans de petites tasses. Le pain bédouin cuit sur galet, le poisson grillé au cumin et la sayadeya, riz au poisson cuisiné à Quseir, constituent la base culinaire locale.
Quseir, justement, mérite une halte. Ancien port de pèlerinage vers La Mecque jusqu'au XIXe siècle, la ville conserve un fort ottoman de 1571, des maisons coralliennes blanchies à la chaux et un tissu urbain à taille humaine. C'est l'un des rares endroits de la côte où l'on perçoit encore une vie locale indépendante du tourisme balnéaire. À 60 kilomètres au nord, la mine d'émeraudes romaine de Mons Smaragdus (Sikait) témoigne d'une exploitation antique dans le désert arrière-pays, accessible en 4x4 pour les voyageurs curieux d'archéologie hors circuits.
L'économie locale repose sur trois piliers : le tourisme balnéaire, la plongée (l'Égypte forme et certifie plus de 100 000 plongeurs par an), et les ports commerciaux et de pêche. Cette spécialisation explique la qualité de l'infrastructure plongée : centres certifiés, bateaux de croisière, médecins hyperbares à Hurghada et Sharm el-Sheikh. Pour le voyageur, cela signifie qu'un séjour ici se construit autour de l'eau, que l'on plonge ou non.
À découvrir
Plongée sur Elphinstone Reef. Haut-fond isolé au large de Marsa Alam, descendant à plus de 100 mètres, fréquenté par les requins océaniques à pointe blanche entre octobre et décembre. Réservé aux plongeurs niveau 2 minimum.
Nage avec les dauphins à Sha'ab Samadai. Récif en fer à cheval au sud de Marsa Alam où une centaine de dauphins à long bec se reposent dans le lagon en journée. Accès réglementé, deux heures de bateau aller-retour.
Quseir, port ottoman et fort de 1571. Ancien embarcadère des pèlerins vers La Mecque, avec ses maisons coralliennes et son fort restauré. Une journée suffit pour comprendre l'histoire commerciale de la côte avant l'ère balnéaire.
Soirée chez les Ababda dans le wadi El Gemal. Parc national de 7 450 km² à l'intérieur de Marsa Alam. Campement bédouin, jabana au gingembre, observation des dunes de gypse et possible rencontre avec des gazelles dorcas.
Croisière plongée aux îles Brothers. Deux pitons volcaniques à 60 km au large, accessibles uniquement par safari-bateau de 5 à 7 jours entre mars et mai. Murs verticaux, épaves de l'Aida et du Numidia, raies manta possibles.
Quand y aller
La plongée et le snorkeling se pratiquent toute l'année, avec deux saisons bien distinctes. D'octobre à mai, l'air oscille entre 22 et 28°C, l'eau entre 22 et 26°C : période idéale pour combiner mer Rouge et circuit culturel dans la vallée du Nil. Les mois d'avril, mai, octobre et novembre sont nos préférés pour les familles et les voyageurs sensibles à la chaleur. De juin à septembre, les températures grimpent à 38-42°C à Hurghada et dépassent souvent 40°C à Marsa Alam, l'eau monte à 28-29°C ; la baignade reste agréable mais les excursions dans le désert arrière-pays deviennent éprouvantes en milieu de journée.
Pour la plongée spécifiquement, deux fenêtres se distinguent. De mars à mai, la visibilité atteint régulièrement 30 mètres et les requins-marteaux sont fréquents aux îles Brothers et à Daedalus. D'octobre à décembre, c'est la saison des requins océaniques sur Elphinstone. Les vents du nord (le shamal) peuvent annuler les sorties bateau pendant 1 à 2 jours en janvier-février ; nous prévoyons toujours une journée de battement dans les programmes hivernaux.
Conseils pratiques
Pour un séjour balnéaire pur, nous recommandons 5 à 7 nuits minimum, le temps de profiter de 3-4 sorties plongée ou snorkeling et de récupérer du décalage. Pour les plongeurs ciblant les sites éloignés (Brothers, Daedalus, Rocky Island), comptez 7 à 10 jours en croisière depuis Hurghada ou Port Ghalib. L'entrée la plus simple se fait par l'aéroport de Hurghada pour la zone nord (El Gouna, Soma Bay, Makadi) et par celui de Marsa Alam pour la zone sud. La route côtière entre les deux représente 4 à 5 heures de voiture sans intérêt particulier.
La combinaison la plus fluide est mer Rouge plus vallée du Nil : 3 heures de route séparent Hurghada de Louxor, ce qui permet d'enchaîner 4-5 jours de temples puis 5-7 jours de mer. Pour ceux qui ajoutent Le Caire et Gizeh, prévoyez l'extension en début ou fin de séjour via un vol intérieur d'une heure. Le Sinaï (Sharm el-Sheikh, Dahab) est l'alternative plongée côté est, mais nous décourageons de combiner les deux rives : l'expérience est similaire et la logistique lourde. Le confort hôtelier est élevé sur toute la côte, du 4 étoiles familial à l'eco-lodge isolé pour plongeurs. La région convient particulièrement aux familles avec enfants (lagunes peu profondes à Sahl Hasheesh, Makadi), aux plongeurs de tous niveaux, et aux voyageurs cherchant une décompression après un circuit culturel dense.



