Abou Simbel et la Nubie

Les temples colossaux de Ramsès II déplacés pour échapper au lac Nasser, et derrière eux une culture nubienne distincte de l'Égypte arabe, à 280 km au sud d'Assouan.

À 280 km au sud d'Assouan, Abou Simbel marque la frontière historique entre l'Égypte pharaonique et le monde nubien. Les deux temples taillés dans le grès par Ramsès II au XIIIe siècle avant notre ère, l'un dédié au pharaon, l'autre à son épouse Néfertari et à la déesse Hathor, ont été découpés en 1 036 blocs entre 1964 et 1968 puis remontés 65 mètres plus haut pour échapper aux eaux du lac Nasser créé par le second barrage d'Assouan. Le résultat reste convaincant : l'alignement astronomique d'origine est conservé, et deux fois par an, les 22 février et 22 octobre, le soleil illumine encore au fond du sanctuaire les statues de Ramsès, Râ-Horakhty et Amon, laissant Ptah, dieu des ténèbres, dans l'ombre.

La Nubie commence en réalité bien avant Abou Simbel. Elle s'étendait historiquement de la première cataracte, près d'Assouan, jusqu'au confluent des deux Nils à Khartoum. Au nord, les villages nubiens de Gharb Soheil et de Heisa, sur la rive ouest du Nil face à Assouan, ont été reconstruits après que la création du lac Nasser eut englouti 45 localités et déplacé environ 50 000 personnes vers Kom Ombo et la région d'Esna entre 1963 et 1964. Les maisons y sont peintes de bleus, d'ocres et de motifs géométriques, les portes encadrées de fresques figurant un pèlerinage à La Mecque ou des crocodiles empaillés, ancien symbole protecteur lié au Nil d'avant le barrage.

La langue nubienne, le kenzi au nord et le fadicca plus au sud, se parle encore dans les familles, distincte de l'arabe égyptien. La cuisine s'écarte aussi des standards du Caire : le gourasa, galette épaisse cuite sur plaque, accompagne des ragoûts de gombo ou de poisson du lac, et le karkadé, infusion d'hibiscus servie chaude ou glacée, se boit toute la journée. Les soirées s'organisent souvent autour d'un tar, tambour sur cadre, et de chants en cercle qui n'ont rien des spectacles folkloriques montés pour les croisières.

Le lac Nasser, deuxième plus grande retenue artificielle du monde avec 550 km de long et 5 250 km² de surface, conserve sur ses rives une série de temples sauvés par l'UNESCO en même temps qu'Abou Simbel. Ouadi es-Seboua, dont l'allée de sphinx donne son nom (la vallée des lions), Dakka, Maharraqa, Amada et le temple rupestre de Derr ne se visitent qu'en croisière, opérée par une poignée de bateaux seulement. C'est une expérience radicalement différente de la croisière classique entre Louxor et Assouan : pas de villages sur les berges, des bivouacs à quai sous les étoiles, et la sensation d'un désert noyé.

Sur le plan géographique, nous sommes ici en plein désert oriental du Sahara, à la latitude du tropique du Cancer. Les rives du lac alternent dunes de sable, plateaux de grès nubien et affleurements granitiques. La faune se réduit à quelques crocodiles du Nil, fennecs, et une avifaune migratrice notable entre novembre et mars, notamment des hérons goliath et des balbuzards pêcheurs. L'économie locale repose sur la pêche au tilapia et au bagre, le tourisme et, plus marginalement, quelques cultures irriguées autour de Toshka.

Visiter Abou Simbel ne se résume donc pas à cocher un temple monumental. La région ouvre sur une culture vivante que la noyade des terres ancestrales n'a pas effacée, et sur un Nil profondément modifié dont les rives gardent encore les traces archéologiques d'une civilisation contemporaine de l'Égypte pharaonique mais qui lui était propre.

À découvrir

Le grand temple de Ramsès II. Les quatre colosses de 20 mètres taillés dans la falaise et, à l'intérieur, la grande salle hypostyle aux huit piliers osiriaques figurant le pharaon en Osiris. Présence à 6h du matin recommandée pour éviter les groupes arrivés par vol depuis Assouan.

Croisière sur le lac Nasser. Trois à quatre nuits entre Assouan et Abou Simbel, avec escales à Ouadi es-Seboua, Amada et Kasr Ibrim, dernier site visible depuis le bateau seulement. Une dizaine de bateaux opèrent, contre plus de 300 sur le Nil classique.

Nuit en maison nubienne à Gharb Soheil. Village reconstruit sur la rive ouest face à Assouan, accessible en felouque en 20 minutes. Dîner de molokheya et nuit en maison de famille peinte, à 50 km au nord de la zone d'Abou Simbel proprement dite.

L'alignement solaire du 22 février et 22 octobre. Deux matins par an, le soleil pénètre 60 mètres à l'intérieur du sanctuaire et éclaire les statues divines pendant une vingtaine de minutes. Le site est pris d'assaut, réservation des vols et hôtels six mois à l'avance.

Le musée nubien d'Assouan. Avant ou après Abou Simbel, deux heures de visite pour comprendre les royaumes de Kerma, Napata et Méroé, et la campagne de sauvetage UNESCO des années 1960. Maquettes, photographies du démontage et objets du quotidien nubien.

Quand y aller

La meilleure période s'étend d'octobre à avril. Les températures diurnes oscillent alors entre 22 et 30 °C, et les nuits descendent à 8-12 °C en décembre et janvier, ce qui surprend souvent. Le vent du nord rafraîchit les visites matinales, mais il faut prévoir une polaire pour les soirées en croisière sur le lac Nasser, où l'humidité accentue la sensation de froid.

De mai à septembre, nous déconseillons la région sauf contrainte de calendrier. Les températures dépassent régulièrement 42 °C en juin et juillet, avec des pics à 48 °C enregistrés à Abou Simbel. Les visites des temples, qui ne sont pas climatisés à l'intérieur, deviennent éprouvantes même tôt le matin. Les pluies sont quasi inexistantes toute l'année, moins de 1 mm par an en moyenne, mais des tempêtes de sable peuvent survenir en mars et avril.

Conseils pratiques

Pour Abou Simbel seul, une journée suffit : vol EgyptAir de 45 minutes au départ d'Assouan le matin, deux heures sur site, retour en début d'après-midi. La route en convoi prend 3h30 dans chaque sens et impose un départ vers 4h du matin, intéressante surtout pour traverser le désert mais fatigante. Pour une approche plus complète de la Nubie, comptez 3 à 4 jours en incluant une nuit à Gharb Soheil ou Heisa et le musée nubien d'Assouan. La croisière sur le lac Nasser demande quant à elle 3 à 5 jours et constitue un voyage à part entière.

La région se combine naturellement avec la Vallée du Nil : la plupart de nos voyageurs enchaînent Louxor, Edfou, Kom Ombo, Assouan puis Abou Simbel, sur 8 à 12 jours selon le rythme. Pour qui dispose de deux semaines, l'ajout du Caire et Gizeh en début ou fin de séjour est cohérent. La combinaison avec les déserts de l'Ouest (Bahariya, désert blanc) demande de repasser par Le Caire et n'a de sens qu'à partir de 15 jours. Cette région convient aux voyageurs intéressés par l'archéologie, l'histoire des civilisations africaines et la rencontre culturelle. Elle est accessible aux familles avec enfants à partir de 8-10 ans, l'hôtellerie restant correcte à Abou Simbel (deux établissements seulement, Seti et Nefertari) et confortable à Assouan.

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